Pourquoi l’étalon or-argent n’a pas réussi à stabiliser la finance mondiale

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Le bimétallisme n’a jamais été uniquement une question de métal brillant. Il s’agissait d’un pari à gros enjeux sur l’idée selon laquelle on pourrait déterminer la valeur de la monnaie en la liant à deux matières premières volatiles. Historiquement, les nations définissaient leurs unités monétaires par la loi en utilisant des quantités fixes d’or et d’argent. C’était censé être plus intelligent que le monométallisme, qui ne reposait que sur un seul. La logique semblait solide sur le papier. Un plus grand nombre de métaux dans le mélange signifiait une base monétaire plus importante. Les partisans ont fait valoir que cela conduirait à une plus grande stabilité des prix et à une gestion plus facile du taux de change.

Mais la réalité était plus compliquée.

Le système fonctionnait sur l’hypothèse que l’or et l’argent maintiendraient un ratio stable fixé par le gouvernement. En pratique, ce ratio évoluait constamment en fonction de la production minière et de la demande industrielle. Lorsqu’un pays fixe son propre taux de change entre les deux métaux, cela crée souvent une énorme opportunité d’arbitrage. Si votre ratio officiel indique que 15 onces d’argent achètent une once d’or, mais que le marché mondial dit qu’il faut 16 onces, vous avez un problème. Les gens fondraient leurs pièces sous-évaluées et exporteraient le métal surévalué. C’est l’essence de la loi de Gresham en action : la mauvaise monnaie chasse la bonne.

L’expérience de l’Union monétaire latine

On pourrait penser que les nations se seraient coordonnées pour résoudre ce problème. Ils l’ont fait, brièvement. En 1865, la France, la Belgique, l’Italie et la Suisse formèrent l’Union monétaire latine. L’objectif était d’établir une norme bimétallique internationale. Ils ont fixé un ratio d’émission commun et standardisé leur monnaie. Cela ressemblait à un projet de stabilité monétaire mondiale.

Cela a échoué rapidement.

L’Italie et la Grèce, admis plus tard, ont manipulé leur système monétaire pour stimuler leur propre économie. Cela a porté atteinte à la norme collective. Vint ensuite la guerre franco-allemande (1870-1871). Le conflit a brisé la confiance fragile et la cohésion économique nécessaires au fonctionnement du système. Le syndicat s’est effondré.

Le glas du bimétallisme avait déjà sonné plus tôt. Lors d’une conférence monétaire internationale à Paris en 1867, les délégués votèrent massivement en faveur de l’étalon-or. Le monde s’éloignait du double standard, même si cela ne s’est pas produit du jour au lendemain.

Les principaux défauts d’une double norme

Pourquoi les économistes et les décideurs politiques se sont-ils finalement détournés du bimétallisme ? Les arguments contre cette proposition étaient d’ordre pratique et structurel.

Premièrement, c’était inefficace. Maintenir un système qui nécessite l’extraction, la manipulation et la frappe de deux métaux distincts est intrinsèquement plus coûteux que de s’en tenir à un seul. C’est un gaspillage de ressources et de capacité administrative.

Deuxièmement, cela ne garantissait pas réellement la stabilité. Les partisans ont affirmé qu’une base monétaire plus large atténuerait les fluctuations des prix. Les critiques ont rétorqué que la stabilité des prix dépend de nombreux facteurs au-delà du simple type de métal sur lequel repose la monnaie. Le bimétallisme n’a pas résolu la volatilité fondamentale de l’offre et de la demande.

Le défaut le plus dommageable était la rigidité du rapport fixe. Par la loi, une nation gelait le taux de change entre l’or et l’argent. Mais les conditions du marché changent. Si l’argent devient plus facile à extraire ou si la demande industrielle augmente, sa valeur chute par rapport à l’or. Un ratio statutaire fixe ignore ces changements. Cela oblige le marché à fonctionner à un prix qui ne reflète pas la réalité. Cette déconnexion perturbe le commerce et encourage la thésaurisation ou l’exportation du métal sous-évalué.

Pourquoi la coopération internationale était impossible

Une seule nation essayant d’utiliser le bimétallisme de manière isolée se trouve confrontée à une tâche impossible. Sans coopération internationale en matière de taux de change, votre ratio fixe s’écartera inévitablement de celui du marché mondial. Cette divergence conduit aux problèmes d’arbitrage mentionnés précédemment. Vous vous retrouvez dans une situation où un métal ne vaut pratiquement rien en tant qu’argent tandis que l’autre inonde le marché.

Il ne s’agit pas seulement de futilités historiques. L’échec du bimétallisme met en évidence un compromis fondamental en matière de politique monétaire. Vous pouvez avoir de la flexibilité ou avoir des ancrages fixes. Essayer de s’ancrer sur deux cibles mobiles n’aboutit généralement ni à l’un ni à l’autre. Le passage à l’étalon-or n’était pas seulement une préférence ; c’était une réponse à l’inefficacité chaotique de la tentative de gérer simultanément deux étalons de lingots.

Le débat sur ce qui soutient la valeur se poursuit,